L'essentiel
- Pas de loi nouvelle : aucun texte n'impose une pointeuse ; les heures se décomptent « selon tous moyens » (art. D.3171-8, texte de 2008, inchangé en 2025 et 2026).
- Hors horaire collectif : début et fin de chaque période de travail enregistrés chaque jour, total récapitulé chaque semaine, pour chaque salarié.
- 13 novembre 2025 : la Cour de cassation rattache ce décompte à l'obligation de sécurité ; son absence peut justifier une résiliation judiciaire du contrat.
- Preuve : face aux éléments précis du salarié, l'employeur produit ses propres relevés ; un système automatique doit être fiable et infalsifiable.
- Conservation : 1 an pour les heures et les astreintes, 3 ans pour les forfaits-jours ; amende administrative jusqu'à 4 000 € par salarié concerné.
- Contrôle des horaires : la Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL) juge excessifs le badge biométrique, la reconnaissance faciale et la photo à chaque pointage.
Le pointage est-il obligatoire en France en 2026 ?
Aucune loi nouvelle ne l'impose en 2026, et aucun texte n'exige une pointeuse. En revanche, le décompte des heures est obligatoire depuis 2008 pour tout salarié qui ne suit pas l'horaire collectif affiché : l'art. D.3171-8 du Code du travail impose de l'enregistrer chaque jour, « selon tous moyens ». Les articles qui organisent ce contrôle n'ont pas été modifiés en 2025 ni en 2026.
Ce qui a changé, c'est la jurisprudence. Dans un arrêt publié du 13 novembre 2025 (n° 23-19.055), la chambre sociale de la Cour de cassation (Cass. soc.) a jugé que :
- le décompte de l'art. D.3171-8 vise tout salarié qui n'est pas soumis à l'horaire collectif, pas seulement les équipes en relais ou en roulement ;
- l'absence de ce décompte doit être examinée au regard de l'obligation de sécurité de l'employeur (art. L.4121-1) ;
- le juge doit rechercher si ce manquement rendait impossible la poursuite du contrat, ce qui peut justifier sa résiliation judiciaire.
La Cour s'appuie sur l'arrêt de la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE) du 14 mai 2019 (CCOO, C-55/18) : les États doivent imposer aux employeurs un « système objectif, fiable et accessible » qui mesure la durée du travail journalier de chaque travailleur. C'est le vrai sens du « pointage obligatoire » : il n'existe pas de texte nouveau, mais le juge sanctionne l'absence de mesure fiable des heures.
Horaire collectif : que devez-vous afficher et envoyer ?
Pour les salariés soumis à l'horaire collectif, le Code du travail organise le contrôle par l'affichage. L'horaire indique les heures de début et de fin du travail, ainsi que les heures et la durée des repos (art. L.3171-1), et suit ces règles :
- il est daté, signé par l'employeur ou son délégataire et affiché lisiblement dans chaque lieu de travail ; pour les salariés employés à l'extérieur, dans l'établissement de rattachement (art. D.3171-2) ;
- toute modification est affichée avant son application (art. D.3171-3) ;
- un double de l'horaire et de chaque rectification est adressé au préalable à l'agent de contrôle de l'inspection du travail (art. D.3171-4) ;
- en cas d'aménagement sur plusieurs semaines, l'affichage donne le nombre de semaines de la période et l'horaire de chacune ; tout changement est affiché 7 jours avant, sauf délai fixé par accord (art. D.3171-5) ;
- en cas de relais, de roulement ou d'équipes successives, la composition nominative de chaque équipe, intérimaires compris, figure sur un tableau affiché ou un registre à jour (art. D.3171-7).
L'horaire collectif ne dispense pas de tout suivi : aucun salarié ne peut travailler en dehors, sauf au titre des heures supplémentaires (art. D.3171-1). Ces heures restent à décompter, à payer et à faire figurer sur le bulletin de paie. Le calcul est détaillé dans notre page De la pointeuse à la paie.
Salariés hors horaire collectif : comment décompter les heures ?
Pour chaque salarié qui ne suit pas l'horaire collectif, l'employeur enregistre chaque jour les heures de début et de fin de chaque période de travail, ou le nombre d'heures accomplies, puis récapitule chaque semaine le total d'heures de chaque salarié (art. D.3171-8). Les documents peuvent être électroniques si les garanties de contrôle restent équivalentes (art. D.3171-15).
| Situation | Document | Fréquence |
|---|---|---|
| Salarié hors horaire collectif | Heures de début et de fin de chaque période, ou nombre d'heures (art. D.3171-8) | Chaque jour, avec un récapitulatif chaque semaine |
| Salarié hors horaire collectif | Annexe au bulletin : cumul des heures supplémentaires depuis le début de l'année, repos compensateur acquis et pris, jours de réduction du temps de travail pris (art. D.3171-12) | Chaque mois |
| Tous les salariés | Annexe au bulletin sur les repos compensateurs et la contrepartie obligatoire en repos ; à partir de 7 heures, ouverture du droit et prise dans les 2 mois (art. D.3171-11) | Avec chaque bulletin, sauf accord contraire |
| Astreinte | Récapitulatif des heures d'astreinte et de leur compensation (art. R.3121-2) | Fin de chaque mois |
Le décompte quotidien ne s'applique pas aux salariés en forfait en heures quand l'accord collectif fixe les modalités de contrôle de leur durée du travail (art. D.3171-9). Le salarié a un droit d'accès aux documents qui comptent sa durée du travail (art. D.3171-14), et le comité social et économique (CSE) peut les consulter (art. L.3171-2).
Le décompte doit aussi permettre de contrôler les durées maximales et les repos :
| Règle | Limite |
|---|---|
| Durée quotidienne maximale | 10 heures de travail effectif (12 heures par accord) |
| Durée hebdomadaire maximale | 48 heures ; 44 heures en moyenne sur 12 semaines |
| Pause | 20 minutes consécutives dès 6 heures de travail |
| Repos quotidien | 11 heures |
| Repos hebdomadaire | 24 heures, plus les 11 heures de repos quotidien |
Les durées maximales de travail admettent des dérogations encadrées : accord collectif, autorisation de l'administration ou urgence (art. L.3121-18 à L.3121-25).
Télétravailleurs : l'accord ou la charte doit prévoir le contrôle du temps de travail ou la régulation de la charge (voir Télétravail en France).
Forfait-jours : comment suivre la charge de travail ?
En forfait-jours, le temps de travail se décompte en journées ou demi-journées, récapitulées chaque année (art. D.3171-10), et l'employeur s'assure régulièrement que la charge de travail est raisonnable (art. L.3121-60). Le salarié échappe aux durées maximales quotidienne et hebdomadaires, pas aux repos (art. L.3121-62).
- Il faut une convention individuelle écrite et un accord collectif qui fixe notamment le nombre de jours (218 au plus), l'évaluation et le suivi régulier de la charge, la communication périodique et le droit à la déconnexion (art. L.3121-55, L.3121-63 et L.3121-64).
- Si l'accord est insuffisant, l'employeur tient un document de contrôle des journées et demi-journées, vérifie les repos, organise un entretien annuel (charge, organisation, vie personnelle, rémunération) et fixe les modalités de déconnexion (art. L.3121-65).
- Renoncer à des jours de repos exige un avenant écrit et une majoration d'au moins 10 %, dans la limite de 235 jours par an à défaut d'accord (art. L.3121-59 et L.3121-66).
Un accord qui ne prévoit ni suivi réel de la charge ni moyen de remédier à une surcharge rend la convention nulle (arrêt non publié du 24 septembre 2025), et les heures supplémentaires deviennent dues. À l'inverse, un document de contrôle mensuel (jours travaillés et nature des jours non travaillés) et un suivi mensuel par le supérieur ont été jugés conformes (Cass. soc., 6 mai 2026, n° 24-10.699, publié). Les cadres dirigeants, eux, sont exclus des règles de durée du travail et de repos (art. L.3111-2).
Heures supplémentaires aux prud'hommes : qui doit prouver ?
Le salarié apporte des éléments « suffisamment précis » sur les heures qu'il dit avoir faites ; l'employeur, qui assure le contrôle des heures, doit y répondre avec ses propres éléments, et le juge ne peut pas faire peser la preuve sur le seul salarié (art. L.3171-4 ; Cass. soc., 13 novembre 2025). Un système d'enregistrement automatique doit être fiable et infalsifiable.
- Un tableau qui donne, pour chaque demi-journée, les heures de début et de fin est suffisamment précis, même s'il mêle des temps de trajet non distingués (Cass. soc., 2 septembre 2026, n° 25-16.106, publié).
- Avant tout procès, le salarié peut obtenir en référé la production de pièces sur ses horaires (art. 145 du code de procédure civile) ; le juge limite la demande et fait occulter les données des tiers (Cass. soc., 24 juin 2026, n° 25-10.397, publié).
- Le rappel d'heures supplémentaires porte sur 3 ans de salaires (art. L.3245-1).
- Le dépassement d'une durée maximale ou le non-respect du repos quotidien ouvre droit à réparation par lui-même (arrêt non publié du 2 avril 2025), et l'action pour dépassement se prescrit par 2 ans (Cass. soc., 18 février 2026, publié) ; le seul défaut de pause a valu 5 000 € de dommages-intérêts (arrêt non publié du 17 décembre 2025).
- Mentionner intentionnellement sur le bulletin moins d'heures que celles accomplies est du travail dissimulé : indemnité forfaitaire de 6 mois de salaire à la rupture, jusqu'à 3 ans d'emprisonnement et 45 000 € d'amende (art. L.8221-5, L.8223-1 et L.8224-1).
Sans relevés, l'employeur n'a rien à opposer au tableau du salarié.
Combien de temps conserver les relevés d'heures, et quelles sanctions ?
Le Code du travail impose de tenir les relevés à la disposition de l'inspection du travail pendant 1 an, et 3 ans pour les forfaits-jours (art. L.3171-3 et D.3171-16). La CNIL fixe de son côté des durées maximales.
| Document | Durée | Source |
|---|---|---|
| Relevés d'heures, horaires individualisés compris | 1 an, ou la durée de la période de référence si l'aménagement dépasse l'année | Art. D.3171-16 |
| Récapitulatif mensuel des astreintes | 1 an | Art. D.3171-16 |
| Jours travaillés des forfaits-jours | 3 ans | Art. D.3171-16 |
| Journaux d'accès d'une badgeuse | Suppression 3 mois après l'enregistrement | CNIL, 17 juin 2026 |
| Données de suivi du temps de travail | Archivage intermédiaire de 5 ans au plus | CNIL, 17 juin 2026 |
Un salarié peut réclamer 3 ans de salaires. Purger les relevés au bout d'un an, comme le Code le permet, vous laisse sans réponse face à son tableau : gardez-les au moins 3 ans, sans dépasser 5 ans d'archivage intermédiaire.
En cas de manquement, l'employeur s'expose à :
- une amende administrative jusqu'à 4 000 € par salarié concerné pour défaut de décompte, comme pour les durées maximales et les repos, plafond doublé en cas de récidive dans les 2 ans (art. L.8115-1 et L.8115-3) ;
- une contravention de 4e classe (750 € au plus, autant de fois qu'il y a de salariés concernés) pour l'affichage, le décompte ou le double non transmis, et de 3e classe (450 € au plus) si les documents ne sont pas présentés à l'inspection (art. R.3173-1 à R.3173-3) ; pour une personne morale, ces plafonds sont multipliés par cinq (art. 131-41 du code pénal) ;
- des rappels de salaire et des dommages-intérêts devant le conseil de prud'hommes.
Badgeuse, pointeuse biométrique, géolocalisation : que permet la CNIL ?
Le contrôle des horaires doit être proportionné : la CNIL juge excessifs le badge biométrique, la reconnaissance faciale et la photo prise à chaque pointage (fiche mise à jour le 17 juin 2026). Son règlement type de 2019 ne permet la biométrie que pour l'accès à des locaux à circulation restreinte ou à des appareils et applications identifiés, pas pour contrôler les horaires.
Avant de mettre en place une badgeuse ou un logiciel de pointage :
- vérifier que le dispositif est justifié et proportionné au but recherché (art. L.1121-1) ;
- informer et consulter le CSE avant la décision dans les entreprises d'au moins 50 salariés (art. L.2312-38) : la CNIL cite une badgeuse posée sans cette consultation comme installation illicite ;
- informer chaque salarié au préalable, clairement, par exemple par note de service : finalités, base légale, destinataires, durée de conservation, droits et possibilité de plainte à la CNIL (art. L.1222-4) ;
- inscrire le traitement au registre des traitements, limiter les habilitations et journaliser les accès ;
- ne pas utiliser les relevés d'une badgeuse de sécurité pour contrôler les horaires, ni suivre les déplacements dans les locaux ou les heures de délégation.
La géolocalisation n'est licite pour contrôler la durée du travail que si ce contrôle ne peut pas être fait par un autre moyen, « fût-il moins efficace », et jamais pour un salarié libre d'organiser son travail (Cass. soc., 19 décembre 2018, n° 17-14.631). La CNIL l'exclut aussi hors du temps de travail et pour les représentants du personnel.
Les erreurs fréquentes
- Croire qu'un horaire collectif affiché dispense de tout suivi : les heures faites en dehors restent des heures supplémentaires à décompter, à payer et à porter sur le bulletin.
- Installer une pointeuse à empreinte ou à reconnaissance faciale, ou une badgeuse qui photographie à chaque passage : la CNIL juge ces dispositifs excessifs pour contrôler les horaires.
- Signer des forfaits-jours sans suivi réel de la charge ni entretien annuel : la convention peut être annulée et les heures supplémentaires réclamées sur 3 ans.
- Purger les relevés au bout d'un an, comme l'art. D.3171-16 le permet, alors que le salarié peut réclamer 3 ans de salaires.
- Laisser les managers corriger les pointages sans trace ni motif : le juge peut écarter un système qui n'est pas fiable et infalsifiable.
- Calculer le temps de travail par la géolocalisation des véhicules quand un autre moyen existe, ou pour des itinérants libres d'organiser leur travail.
Votre checklist
- Recenser les salariés hors horaire collectif et mettre en place pour eux un décompte quotidien et un récapitulatif hebdomadaire.
- Afficher l'horaire collectif daté et signé dans chaque lieu de travail et en adresser un double à l'inspection du travail avant son application.
- Annexer chaque mois au bulletin le récapitulatif des heures supplémentaires et des repos (art. D.3171-11 et D.3171-12).
- Contrôler les relevés au regard des durées maximales, des pauses et des repos.
- Vérifier le suivi de la charge des salariés en forfait-jours et planifier leur entretien annuel.
- Consulter le CSE et informer chaque salarié avant toute nouvelle badgeuse ou tout nouveau logiciel de pointage.
- Journaliser chaque correction de pointage : auteur, date, ancienne et nouvelle valeur, motif.
- Conserver les relevés au moins 3 ans, puis les supprimer au plus tard au bout de 5 ans.
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FXP et MySafeBoxQuestions fréquentes
Aucune loi nouvelle n'impose une pointeuse en 2026. Mais depuis 2008, l'article D.3171-8 du Code du travail oblige l'employeur à enregistrer chaque jour les heures de tout salarié qui ne suit pas l'horaire collectif affiché, et à les récapituler chaque semaine. Depuis un arrêt du 13 novembre 2025, la Cour de cassation rattache ce décompte à l'obligation de sécurité de l'employeur.
Non. Le Code du travail impose un décompte des heures « selon tous moyens » : badgeuse, logiciel ou relevé, pourvu qu'il soit fiable. En cas de litige, un système d'enregistrement automatique doit être fiable et infalsifiable.
Le Code du travail impose 1 an pour les relevés d'heures et d'astreintes, et 3 ans pour les jours des forfaits-jours. Comme un salarié peut réclamer 3 ans de salaires, mieux vaut garder les relevés au moins 3 ans. La CNIL admet un archivage intermédiaire de 5 ans au plus pour les données de suivi du temps de travail.
Le salarié présente des éléments suffisamment précis, par exemple un tableau de ses heures de début et de fin par demi-journée. L'employeur doit y répondre avec ses propres relevés, et le juge ne peut pas faire peser la preuve sur le seul salarié. Le rappel de salaire peut porter sur 3 ans.
Pas pour contrôler les horaires. La CNIL juge excessifs le badge biométrique, la reconnaissance faciale et la photo à chaque pointage. Son règlement type de 2019 réserve la biométrie à l'accès à des locaux à circulation restreinte ou à des appareils et applications identifiés.
L'employeur s'assure régulièrement que la charge est raisonnable et décompte chaque année les journées ou demi-journées travaillées. Si l'accord collectif est insuffisant, il tient un document de contrôle et organise un entretien annuel sur la charge, l'organisation et la rémunération. Sans suivi réel, la convention de forfait peut être annulée et les heures supplémentaires deviennent dues.
Sources officielles
- Cour de cassation, ch. soc., 13 novembre 2025, n° 23-19.055 (décompte et obligation de sécurité)
- Cour de cassation, ch. soc., 2 septembre 2026, n° 25-16.106 (preuve des heures)
- Cour de cassation, ch. soc., 24 juin 2026, n° 25-10.397 (référé probatoire)
- Cour de cassation, ch. soc., 6 mai 2026, n° 24-10.699 (forfait-jours)
- Cour de cassation, ch. soc., 19 décembre 2018, n° 17-14.631 (géolocalisation)
- Code du travail, art. L.8115-1, version du 27 juin 2026 (Légifrance)
- CNIL, L'accès aux locaux et le contrôle des horaires sur le lieu de travail (17 juin 2026)
- CNIL, Le contrôle de l'activité des personnes employées (9 juillet 2026)
- CNIL, Le contrôle d'accès biométrique sur les lieux de travail
- CNIL, La géolocalisation des véhicules des salariés
Ce guide présente les règles générales en vigueur au 5 octobre 2026. Il ne remplace pas un conseil juridique adapté à votre situation (convention collective, secteur, statut du salarié).