L'essentiel

  • Pas encore d'obligation générale : l'enregistrement du temps visé au 1er janvier 2027 n'est qu'un avant-projet de loi, ni voté ni publié, sur lequel le Conseil national du travail s'est divisé.
  • Déjà obligatoire : horaires flottants, dérogations à l'horaire des temps partiels, flexi-jobs, nettoyage pour compte de tiers ; chantiers d'au moins 500 000 € hors TVA à partir du 1er avril 2027.
  • 5 ans : durée de conservation des données de suivi du temps en horaires flottants et à temps partiel, et durée prévue par le projet de loi.
  • 360 heures supplémentaires volontaires par année civile depuis le 1er avril 2026, dont 240 sans sursalaire, sur accord écrit et préalable du travailleur.
  • 45 000 € : amende infligée en 2024 par l'Autorité de protection des données à un employeur qui utilisait une pointeuse à empreintes digitales.

Le pointage sera-t-il obligatoire en Belgique en 2027 ?

Pas encore : au 5 octobre 2026, l'obligation générale d'enregistrer le temps de travail figure seulement dans un avant-projet de loi. Le ministre de l'Emploi l'a soumis au Conseil national du travail (CNT) le 26 mars 2026, et le CNT a rendu le 30 septembre 2026 un avis divisé (avis n° 2.499). Le texte doit encore être voté par la Chambre puis publié au Moniteur belge.

Le texte répond à la Cour de justice de l'Union européenne, qui exige, en application de la directive 2003/88/CE, un système « objectif, fiable et accessible » mesurant le temps de travail journalier (arrêts C-55/18 du 14 mai 2019 et C-531/23 du 19 décembre 2024).

Ce que prévoit l'avant-projet

  • Un nouvel article 38quinquies de la loi du 16 mars 1971 sur le travail : un système qui enregistre « de manière objective et fiable » la durée du travail quotidienne et hebdomadaire de chaque travailleur.
  • Aucune forme imposée. Un système limité aux dérogations à l'horaire fixe ou variable suffit s'il permet d'établir le temps réellement presté.
  • Des exclusions : main-d'œuvre familiale, personnel de direction et de confiance, représentants de commerce et nouveau « personnel itinérant », d'autres catégories pouvant être exclues par arrêté royal. Selon les deux bancs du CNT, les travailleurs à domicile, dont les télétravailleurs, seraient aussi exclus ; leur sort reste débattu.
  • Une conservation des données pendant 5 ans à partir de leur introduction.
  • Une entrée en vigueur visée au 1er janvier 2027, avec un délai jusqu'à la fin du premier trimestre 2027 pour les employeurs qui n'ont encore aucun système.

Rien n'est arrêté : les organisations d'employeurs rejettent l'obligation et demandent, à défaut, au moins un an après la publication de la loi ; les syndicats réclament un système accessible au travailleur, l'enregistrement des pauses, une liste minimale de données, une sanction pénale et moins d'exclusions.

Quand l'enregistrement du temps de travail est-il déjà obligatoire ?

Dès aujourd'hui, l'employeur doit enregistrer le temps de travail dans quatre situations, et un enregistrement des présences s'ajoute sur les grands chantiers le 1er avril 2027.

Enregistrements imposés en Belgique, aujourd'hui et au 1er avril 2027
SituationCe qu'il faut enregistrerDepuisBase légale
Horaires flottantsSystème de suivi du temps : identité du travailleur, durée des prestations par jour (début, fin et pauses pour un temps partiel à horaire fixe) ; conservation 5 ans1er février 2017Loi du 16 mars 1971, art. 20ter
Temps partiel : prestations en dehors de l'horaireDébut et fin des prestations et des pauses, au moment où elles ont lieu, dans un système de suivi du temps (conservé 5 ans) ou un document de dérogation (conservé 5 ans après la fin du mois qui suit le trimestre de la dernière inscription)En vigueurLoi-programme du 22 décembre 1989, art. 160 à 171
Flexi-jobsMoment exact du début et de la fin de chaque prestationEn vigueurCode pénal social, art. 152/2
Nettoyage pour compte de tiers, au-delà des seuils de la déclaration de travauxDébut, fin et pauses, sur place et en temps réel, par la personne elle-même via « Check In and Out at Work » ; aucun enregistrement anticipé par l'employeur1er septembre 2024Loi-programme du 26 décembre 2022
Travaux immobiliers (hors nettoyage) et livraison de béton prêt à l'emploi, sur les chantiers d'au moins 500 000 € hors TVAPrésence : chaque arrivée et chaque départ (IN et OUT), via « Check In and Out at Work »1er avril 2027, selon l'Office national de sécurité sociale (ONSS)Loi-programme du 30 mai 2026

Temps partiel. Sans enregistrement des dérogations, le travailleur est présumé avoir presté à temps plein. L'horaire variable se notifie par un avis écrit et daté au moins 7 jours ouvrables à l'avance (3 jours ouvrables au minimum si une convention collective de travail, ou CCT, rendue obligatoire le prévoit), et l'avis se conserve 1 an après la fin de l'horaire. Le travailleur peut refuser une prestation notifiée hors délai ou hors cadre, et une annulation tardive est payée comme si la prestation avait eu lieu.

Horaires flottants. Hors heures supplémentaires, la journée ne dépasse pas 9 heures et la semaine 45 heures, sur une période de référence de 3 mois (1 an au plus), avec un report d'au plus 12 heures en fin de période (davantage si une CCT le prévoit). Le travailleur doit pouvoir consulter ses données et connaître son solde d'heures, et l'inspection doit y avoir accès.

Règlement de travail. Il indique les horaires ou, depuis le 1er juin 2026, un « cadre de la durée normale de travail », ainsi que les modes de mesurage et de contrôle du travail utilisés pour déterminer la rémunération. Faire travailler en dehors de ces horaires est interdit, sauf exceptions légales comme les heures supplémentaires volontaires.

Quelles limites de durée et d'heures supplémentaires faut-il suivre ?

Sans enregistrement fiable, impossible de prouver le respect des durées maximales et du quota de 360 heures supplémentaires volontaires par an, en vigueur depuis le 1er avril 2026.

Limites de durée du travail à surveiller
RègleLimite
Durée normale8 heures par jour et 40 heures par semaine ; 38 heures en moyenne dans toutes les entreprises depuis le 1er janvier 2003
Plafonds des dérogations, même cumulées11 heures par jour, 50 heures par semaine, sauf exceptions légales (travaux ininterrompus, accident, réparation urgente)
Moyenne européenne48 heures par semaine sur 4 mois
Repos et pause11 heures de repos consécutives par 24 heures ; pause d'au moins 15 minutes au plus tard après 6 heures de travail, à défaut de CCT
Heures supplémentaires classiquesRécupération dans la période de référence (trimestre, jusqu'à 1 an) ; limite interne de 143 heures de dépassement à tout moment, relevable par CCT rendue obligatoire
Heures supplémentaires volontaires360 heures par année civile (450 dans l'horeca, commission paritaire 302, avec caisse enregistreuse), dont 240 sans sursalaire (360 dans l'horeca)

Les heures supplémentaires volontaires supposent un accord écrit, explicite et préalable du travailleur, conclu pour 1 an et reconduit tacitement ; chaque partie peut le résilier par écrit avec un préavis d'1 mois. Elles ne donnent pas droit à un repos compensatoire et ne comptent pas dans la limite interne de 143 heures. Un travailleur à temps partiel n'y a accès qu'en cas de surcroît temporaire de travail et après 3 ans à temps partiel (sauf accord en cours au 1er juin 2026). Elles sont exclues pendant une réduction des prestations (interruption de carrière, crédit-temps), et les heures de relance prestées au premier trimestre 2026 s'imputent sur les 360 heures.

Les heures supplémentaires classiques donnent droit à un sursalaire de 50 %, et de 100 % le dimanche et les jours fériés : leur passage en paie est détaillé dans notre page De la pointeuse à la paie en Belgique.

En cas de litige sur des heures supplémentaires, le juge peut déjà obliger l'employeur à contribuer à la preuve (art. 8.4 du Code civil), comme le rappellent les organisations d'employeurs dans l'avis du CNT.

Pointeuse biométrique, badge ou GPS : que permet l'Autorité de protection des données ?

Une pointeuse à empreintes digitales est presque toujours illégale : les empreintes sont des données biométriques, de catégorie particulière au sens de l'article 9 du règlement général sur la protection des données (RGPD), et le consentement du travailleur n'est pas libre vu le rapport de forces avec l'employeur.

Pour l'Autorité de protection des données (APD), une base légale nationale explicite est presque toujours requise, et le gabarit biométrique doit en principe rester chez le travailleur, par exemple sur un badge ; une base de données centrale ne se justifie qu'exceptionnellement. Le 6 septembre 2024, la Chambre contentieuse de l'APD a infligé une amende de 45 000 € à un employeur dont la pointeuse à empreintes concernait environ 200 personnes : consentement non valable, pas d'analyse d'impact, alternatives moins intrusives disponibles (décision 114/2024).

  • Badge : se servir du badge d'accès comme pointeuse sans en informer les travailleurs viole l'obligation de transparence.
  • Géolocalisation : le RGPD s'applique. Il faut des règles écrites et concertées, pas de contrôle permanent (en principe disproportionné), une désactivation hors des heures de travail, aucun suivi des représentants du personnel dans leur mandat et aucun calcul du temps de travail par GPS quand un autre dispositif existe.

Informer et consulter avant d'installer l'outil

  • Dès 50 travailleurs, la CCT n° 39 impose une information écrite et une concertation au plus tard 3 mois avant l'implantation d'une nouvelle technologie aux conséquences collectives importantes (au moins 50 % et 10 travailleurs d'une catégorie), sous peine d'une protection contre le licenciement.
  • Le comité pour la prévention et la protection au travail (CPPT), à défaut la délégation syndicale, à défaut les travailleurs, rend un avis préalable sur l'introduction de nouvelles technologies.
  • Le RGPD exige une base légale, une information écrite des travailleurs (finalités, durée, droits), une inscription au registre des traitements, une analyse d'impact quand la surveillance est systématique et une durée de conservation limitée.

Quelles sanctions en cas de contrôle de l'inspection ?

Les manquements relèvent du Code pénal social, et l'amende est souvent multipliée par le nombre de travailleurs concernés, sans pouvoir dépasser 100 fois le montant maximal.

Sanctions liées à l'enregistrement du temps de travail (faits commis depuis le 1er septembre 2026)
NiveauExemples d'infractionsAmende pénaleAmende administrative
Niveau 2Travail en dehors des horaires (art. 146), système de suivi absent ou incomplet en horaires flottants (art. 146/1), documents de temps partiel non conservés (art. 151, § 2 et 152, § 2)500 à 5 000 €250 à 2 500 €
Niveau 3Publicité défaillante des horaires variables (art. 151, § 1er), dérogations de temps partiel non consignées (art. 152, § 1er), flexi-jobs sans enregistrement (art. 152/2)2 000 à 20 000 €1 000 à 10 000 €

Pour un temps partiel, l'absence d'enregistrement fait en outre présumer un travail à temps plein, d'où des rappels de salaire et de cotisations. L'APD peut aussi sanctionner les manquements au RGPD.

Comment préparer votre entreprise à l'enregistrement du temps de travail ?

Mettez-vous d'abord en règle pour les obligations actuelles, puis choisissez un système capable d'enregistrer la durée quotidienne et hebdomadaire de chaque travailleur, consultable et conservé 5 ans : il restera utile quel que soit le texte final.

  1. Cartographiez vos populations : horaire fixe, horaires flottants, temps partiel variable, flexi-jobs, personnel de direction et de confiance, itinérants, télétravailleurs (voir notre page Télétravail en Belgique).
  2. Choisissez le mode d'enregistrement par population : pointage complet, ou enregistrement des seules dérogations à un horaire planifié, que l'avant-projet admet s'il permet d'établir le temps réellement presté.
  3. Mettez à jour le règlement de travail (horaires ou cadre de la durée normale, modes de mesurage et de contrôle du travail) et transmettez-en une copie à l'Inspection (Contrôle des lois sociales) dans les 8 jours de son entrée en vigueur.
  4. Organisez l'accès et la conservation : lecture pour le travailleur, ses représentants et l'inspection ; conservation 5 ans puis suppression ; chaque correction tracée (qui, quand, pourquoi) sans effacer la donnée d'origine.
  5. Reliez le pointage à la paie : heures normales, supplémentaires, volontaires, de nuit et du dimanche, absences.

Les erreurs fréquentes

  • Croire qu'aucun enregistrement n'est obligatoire tant que l'obligation générale n'est pas votée : horaires flottants, dérogations des temps partiels, flexi-jobs et nettoyage sont déjà soumis à un enregistrement.
  • Présenter le 1er janvier 2027 comme une date acquise : l'avant-projet peut encore changer de date, de contenu et d'exclusions.
  • Faire signer un « consentement » à une pointeuse à empreintes digitales : il n'est pas valable dans une relation de travail.
  • Utiliser le badge d'accès ou le GPS du véhicule comme pointeuse sans le dire, ou calculer les heures par GPS alors qu'un autre système existe.
  • Modifier la veille l'horaire d'un temps partiel variable, ou ne pas noter ses heures en dehors de l'horaire : présomption de temps plein et droit de refus du travailleur.
  • Laisser prester des heures supplémentaires volontaires sans accord écrit préalable, à un temps partiel de moins de 3 ans ou à un travailleur en crédit-temps.

Votre checklist

  • Recenser les travailleurs en horaires flottants, à temps partiel et en flexi-job, et vérifier que l'enregistrement exigé pour chacun est déjà en place.
  • Notifier chaque horaire variable de temps partiel par écrit et daté au moins 7 jours ouvrables à l'avance, puis conserver l'avis 1 an.
  • Mettre à jour le règlement de travail (horaires ou cadre de la durée normale, modes de mesurage et de contrôle) et en transmettre une copie à l'Inspection.
  • Faire signer l'accord écrit avant la première heure supplémentaire volontaire et suivre les compteurs de 360 et 240 heures par année civile.
  • Informer et consulter avant tout nouvel outil de pointage : CCT n° 39 dès 50 travailleurs, avis du CPPT, information écrite des travailleurs.
  • Réaliser une analyse d'impact si la surveillance est systématique et renoncer à la biométrie centralisée.
  • Conserver les données 5 ans, puis les supprimer, en journalisant chaque correction.
  • Suivre l'avant-projet de loi et choisir dès maintenant un système qui mesure la durée quotidienne et hebdomadaire de chaque travailleur.

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Enregistrer début, fin et pauses des temps partiels et des horaires flottants Pointage en temps réel

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Questions fréquentes

Ce n'est pas encore décidé. Un avant-projet de loi prévoit d'obliger les employeurs à enregistrer la durée quotidienne et hebdomadaire du travail de chaque travailleur, sauf catégories exclues, à partir du 1er janvier 2027, avec un délai jusqu'à la fin du premier trimestre 2027. Le Conseil national du travail a rendu un avis divisé le 30 septembre 2026, et le texte, ni voté ni publié, peut encore changer.

Aucune loi n'impose aujourd'hui un appareil de pointage en tant que tel. En revanche, un système de suivi du temps est exigé en horaires flottants, les dérogations à l'horaire des temps partiels doivent être consignées, et les flexi-jobs comme le nettoyage pour compte de tiers ont leur propre enregistrement. Le projet pour 2027 n'impose pas non plus de forme, pourvu que le système soit objectif et fiable.

Oui. L'employeur qui applique des horaires flottants doit tenir un système de suivi du temps indiquant l'identité du travailleur et la durée de ses prestations par jour. Le travailleur et l'inspection doivent pouvoir le consulter, le travailleur doit connaître son solde d'heures, et les données se conservent 5 ans.

Presque jamais. Les empreintes sont des données biométriques sensibles, le consentement d'un travailleur n'est pas considéré comme libre et une base légale explicite fait en général défaut. L'Autorité de protection des données a infligé 45 000 € d'amende à un employeur pour ce type de pointeuse en 2024.

Depuis le 1er avril 2026, jusqu'à 360 heures par année civile (450 dans l'horeca avec caisse enregistreuse), dont 240 sans sursalaire. Il faut un accord écrit et préalable du travailleur, conclu pour 1 an. Les heures de relance prestées au premier trimestre 2026 s'imputent sur ce quota.

Oui. Les employeurs d'au moins 20 travailleurs doivent fixer, par convention collective d'entreprise ou à défaut dans le règlement de travail, les modalités de non-joignabilité, les consignes d'usage des outils numériques et des actions de formation. L'obligation tombe si une convention sectorielle ou du Conseil national du travail règle déjà ces points.

Sources officielles

Ce guide présente les règles générales en vigueur au 5 octobre 2026. Il ne remplace pas un conseil juridique adapté à votre situation (convention collective, secteur, statut du salarié).