L'essentiel
- Mise en place : accord collectif, à défaut charte après avis du comité social et économique (CSE), à défaut accord avec le salarié formalisé par tout moyen.
- Refus motivé : obligatoire pour un salarié dont le poste est éligible selon l'accord ou la charte, et pour un travailleur handicapé ou un salarié aidant.
- Entretien annuel : chaque année, un entretien sur les conditions d'activité et la charge de travail du télétravailleur reste obligatoire (art. L.1222-10 du Code du travail).
- Indemnité 2026 : exonérée jusqu'à 2,70 € par jour (59,40 € par mois) ou 11 € par mois par jour hebdomadaire ; 3,30 € par jour si un accord de branche ou de groupe la prévoit.
- Titres-restaurant : dus au télétravailleur dont la journée comporte une pause repas, dans les mêmes conditions que sur site (Cour de cassation, 8 octobre 2025).
- Frontaliers : 34 jours par an hors du Luxembourg, 40 % du temps avec la Suisse ; dès 25 % d'activité dans le pays de résidence, sécurité sociale de ce pays, sauf accord-cadre (moins de 50 %).
Comment mettre en place le télétravail en France ?
Le télétravail se met en place par un accord collectif ou, à défaut, par une charte de l'employeur élaborée après avis du comité social et économique (CSE). Sans accord ni charte, l'employeur et le salarié peuvent en convenir par tout moyen : un courriel ou un avenant suffit, à condition d'en garder la preuve (art. L.1222-9 du Code du travail).
L'accord ou la charte précise au minimum :
- les conditions de passage en télétravail et de retour à un travail sans télétravail ;
- les modalités d'acceptation par le salarié ;
- les modalités de contrôle du temps de travail ou de régulation de la charge de travail ;
- les plages horaires pendant lesquelles l'employeur peut habituellement joindre le salarié ;
- l'accès au télétravail des travailleurs handicapés, des salariées enceintes et des salariés aidants.
L'employeur qui refuse le télétravail à un salarié dont le poste est éligible selon l'accord ou la charte doit motiver sa réponse. La même obligation vaut pour un travailleur handicapé et pour un salarié aidant d'un enfant, d'un parent ou d'un proche. À l'inverse, le refus d'un poste en télétravail par le salarié n'est pas un motif de rupture du contrat. En cas de circonstances exceptionnelles, comme une menace d'épidémie, ou de force majeure, le télétravail peut être imposé (art. L.1222-11).
L'accord national interprofessionnel (ANI) du 26 novembre 2020 sur le télétravail, étendu par arrêté du 2 avril 2021, s'applique aussi aux employeurs de son champ. Méfiez-vous enfin des sites qui annoncent une « loi télétravail 2025 » ou un « décret 2026 » : au 5 octobre 2026, Légifrance ne montre aucune modification des articles L.1222-9 à L.1222-11 depuis 2023.
Quelles sont les obligations de l'employeur envers le télétravailleur ?
Le télétravailleur a les mêmes droits que les salariés qui travaillent dans les locaux, et l'article L.1222-10 du Code du travail impose trois obligations de plus à l'employeur :
- l'informer des restrictions d'usage des équipements et outils informatiques, et des sanctions en cas de manquement ;
- lui donner priorité pour occuper ou reprendre un poste sans télétravail correspondant à ses qualifications, et l'informer des postes disponibles ;
- organiser chaque année un entretien sur ses conditions d'activité et sa charge de travail.
Cet entretien annuel reste obligatoire en 2026. Planifiez-le pour chaque télétravailleur et gardez une trace datée de sa tenue et des informations remises.
Accident, déconnexion et contrôle de l'activité
Un accident survenu sur le lieu du télétravail pendant l'activité professionnelle est présumé être un accident du travail. L'employeur qui le conteste doit renverser cette présomption : des plages horaires de contact bien définies dans l'accord ou la charte servent alors de repère.
Le droit à la déconnexion fait partie de la négociation sur la qualité de vie au travail. À défaut d'accord, l'employeur élabore une charte après avis du CSE (art. L.2242-17, 7°, du Code du travail).
Pour contrôler l'activité, la Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL) écarte, sauf cas exceptionnel justifié, la webcam en continu, l'enregistrement des frappes au clavier, le partage d'écran permanent et les demandes répétées de preuves de présence (clics, photos). La CNIL recommande plutôt un contrôle par objectifs ou des comptes rendus réguliers. Tout dispositif de contrôle de l'activité suppose l'information préalable des salariés, la consultation du CSE et, s'il présente un risque élevé pour les salariés, une analyse d'impact. Pour le décompte des heures, voyez notre page pointage et temps de travail en France.
Indemnité de télétravail 2026 : combien l'URSSAF exonère-t-elle ?
En 2026, l'allocation forfaitaire de télétravail est exonérée de cotisations, sans justificatif de dépense, jusqu'à 2,70 € par jour télétravaillé dans la limite de 59,40 € par mois, et jusqu'à 3,30 € si un accord de branche ou de groupe la prévoit. Les frais de télétravail sont des frais professionnels : local privé utilisé pour le travail, mobilier, matériel informatique, connexion, fournitures. L'employeur peut les rembourser au réel, sur justificatifs, ou verser une allocation forfaitaire dans les limites publiées par l'Union de recouvrement des cotisations de sécurité sociale et d'allocations familiales (URSSAF). Ces limites reposent sur l'arrêté du 4 septembre 2025 relatif aux frais professionnels (art. 6), qui a abrogé l'arrêté du 20 décembre 2002 le 7 septembre 2025.
| Allocation | Par jour télétravaillé | Forfait mensuel |
|---|---|---|
| Non prévue par un accord collectif | 2,70 €, dans la limite de 59,40 € par mois | 11 € par jour de télétravail par semaine |
| Prévue par une convention de branche, un accord professionnel ou interprofessionnel ou un accord de groupe | 3,30 €, dans la limite de 72,60 € par mois | 13,20 € par jour de télétravail par semaine |
Exemple : un salarié télétravaille 2 jours par semaine, sans accord collectif sur l'indemnité. L'employeur peut lui verser 22 € par mois (2 × 11 €), ou 2,70 € par jour réellement télétravaillé, soit 21,60 € pour 8 jours dans le mois. S'il verse davantage, l'excédent n'est exonéré que s'il justifie la réalité des dépenses.
- L'allocation de télétravail ne se cumule pas avec l'indemnité d'usage du matériel informatique personnel (55,20 € par mois en 2026).
- Pour les limites majorées, l'URSSAF vise la branche, l'accord professionnel ou interprofessionnel et l'accord de groupe ; elle ne cite pas l'accord d'entreprise.
- Pour l'impôt sur le revenu, l'allocation versée par l'employeur est exonérée.
Titres-restaurant
Un télétravailleur dont la journée comporte une pause repas a droit aux titres-restaurant dans les mêmes conditions que ses collègues sur site. La Cour de cassation l'a jugé le 8 octobre 2025 (n° 24-12.373 et n° 24-10.566) : l'employeur ne peut pas les refuser au seul motif du télétravail, et un rappel est possible sur 3 ans. En 2026, la part patronale est exonérée jusqu'à 7,32 € par titre. Le détail des remboursements figure sur notre page notes de frais en France.
Frontaliers : 34 jours avec le Luxembourg, 40 % avec la Suisse
Un frontalier résidant en France peut travailler jusqu'à 34 jours par an hors du Luxembourg s'il y est employé, ou télétravailler depuis la France jusqu'à 40 % de son temps s'il est employé en Suisse, sans changer le pays d'imposition de son salaire. Chaque convention fiscale a sa propre règle.
| Pays d'emploi | Règle | Texte et date d'effet |
|---|---|---|
| Luxembourg | Jusqu'à 34 jours par an travaillés en France ou dans un pays tiers : le salaire reste imposable au Luxembourg | Avenant du 7 novembre 2022, en vigueur le 4 mars 2025, applicable depuis le 1er janvier 2023 |
| Suisse | Télétravail depuis la France réputé exercé en Suisse jusqu'à 40 % du temps de travail de l'année civile, missions temporaires comprises dans la limite de 10 jours | Avenant du 27 juin 2023, en vigueur le 24 juillet 2025, régime pérenne depuis le 1er janvier 2026 |
| Allemagne | Frontalier résidant en Alsace ou en Moselle, employé à 30 km au plus de la frontière et rentrant chaque jour : imposé en France ; le télétravail à domicile dans la zone frontalière ne lui fait pas perdre ce statut ; 45 jours tolérés hors zone ou sans retour | Accord amiable du 16 février 2006 |
| Belgique | Aucune franchise de jours : hors régime frontalier, le salaire est imposé au prorata des jours travaillés dans chaque pays | Régime frontalier réservé aux frontaliers d'avant 2012, jusqu'en 2033, avec 30 jours de sortie de zone tolérés |
Comment compter les 34 jours luxembourgeois ?
- Toute fraction de journée travaillée hors du Luxembourg compte pour une journée entière.
- Les jours de formation professionnelle comptent.
- Les congés, jours de repos, jours de maladie et cas de force majeure ne comptent pas.
- Le seuil est réduit au prorata en cas de temps partiel ou d'année incomplète, arrondi à l'entier inférieur.
- Les heures supplémentaires sont imposables là où elles sont faites.
Exemple : un frontalier employé au Luxembourg à 80 % dispose de 27 jours (34 × 0,8 = 27,2, arrondi à 27). S'il en fait 28, ce ne sont pas seulement les jours en trop qui basculent : la France impose tous ses jours travaillés hors du Luxembourg, dès le premier. Le salarié doit pouvoir prouver sa présence (accord amiable du 16 juillet 2020) : feuilles de pointage, ordres de mission, billets. Le point de vue de l'employeur luxembourgeois est traité sur notre page télétravail au Luxembourg.
Sécurité sociale des frontaliers : la règle des 25 % et l'accord-cadre
Un salarié qui exerce au moins 25 % de son temps de travail ou de sa rémunération dans son pays de résidence relève de la sécurité sociale de ce pays (art. 13 du règlement (CE) n° 883/2004 et art. 14 du règlement (CE) n° 987/2009). Pour un temps plein sur 5 jours, une journée de télétravail par semaine depuis le pays de résidence représente 20 % ; une deuxième journée porte ce taux à 40 %.
L'accord-cadre européen sur le télétravail transfrontalier, en vigueur depuis le 1er juillet 2023, permet alors de rester affilié dans le pays de l'employeur si quatre conditions sont réunies :
- le télétravail représente moins de 50 % du temps de travail total ;
- seuls deux États signataires sont en cause, par exemple la France et le Luxembourg, la Belgique, l'Allemagne ou la Suisse ;
- le salarié n'exerce aucune autre activité dans son pays de résidence ;
- l'employeur en fait la demande à l'organisme de sécurité sociale de son pays d'établissement, qui délivre un certificat A1 ; pour une entreprise établie en France, c'est l'URSSAF, ou la Mutualité sociale agricole (MSA) pour un salarié agricole.
Ce maintien vaut 3 ans au plus et se renouvelle sur nouvelle demande. Sans certificat A1, ou dès 50 % de télétravail, la règle des 25 % s'applique. Un salarié en télétravail à 100 % depuis un autre État est affilié dans cet État. Hors accord-cadre, l'employeur peut encore demander une dérogation au cas par cas, dans l'intérêt du salarié et avec l'accord du pays de résidence (art. 16 du règlement n° 883/2004). Vérifiez la liste des signataires avant chaque demande : un État peut dénoncer l'accord avec un préavis de 3 mois.
Les erreurs fréquentes
- Se fier aux sites qui annoncent une « loi télétravail 2025 » ou un « décret 2026 » : les articles L.1222-9 à L.1222-11 n'ont pas changé depuis 2023.
- Appliquer les limites majorées (3,30 €, 72,60 €, 13,20 €) sur la base d'un simple accord d'entreprise, que l'URSSAF ne cite pas.
- Verser au même salarié l'allocation de télétravail et l'indemnité de matériel informatique personnel : le cumul est exclu.
- Retirer les titres-restaurant les jours de télétravail alors que la journée comporte une pause repas.
- Compter une demi-journée hors du Luxembourg pour une demi-journée, oublier les jours de formation ou ne pas réduire le seuil de 34 jours pour un temps partiel.
- Croire que l'accord-cadre joue sans démarche : il faut une demande et un certificat A1, et il ne couvre ni un troisième État ni 50 % de télétravail ou plus.
Votre checklist
- Choisir le cadre du télétravail (accord, charte après avis du CSE ou accord individuel écrit) et en conserver la preuve.
- Vérifier que l'accord ou la charte contient les cinq mentions obligatoires de l'article L.1222-9.
- Motiver chaque refus opposé à un salarié éligible, handicapé ou aidant, et archiver la réponse.
- Planifier l'entretien annuel de chaque télétravailleur et remettre l'information sur l'usage des outils.
- Fixer l'indemnité (réel ou forfait) dans les limites 2026, sans cumul avec l'indemnité de matériel personnel.
- Attribuer les titres-restaurant à partir du planning réel, télétravail compris.
- Tenir pour chaque frontalier un décompte quotidien des jours travaillés hors du pays d'emploi.
- Demander le certificat A1 de l'accord-cadre avant le début du télétravail et suivre son échéance de 3 ans.
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FXP et MySafeBoxQuestions fréquentes
Sans accord collectif sur l'indemnité, l'URSSAF exonère jusqu'à 2,70 € par jour de télétravail, dans la limite de 59,40 € par mois, ou 11 € par mois pour un jour de télétravail par semaine. Si une convention de branche, un accord professionnel ou interprofessionnel ou un accord de groupe la prévoit, les limites passent à 3,30 € par jour, 72,60 € par mois ou 13,20 € par mois et par jour hebdomadaire. Au-delà, l'employeur doit justifier la réalité des dépenses.
Oui, mais il doit motiver sa réponse quand le poste est éligible selon l'accord collectif ou la charte, ainsi que pour un travailleur handicapé ou un salarié aidant. Une réponse écrite et datée permet de prouver cette motivation en cas de contestation.
Oui, si sa journée de télétravail comporte une pause repas, dans les mêmes conditions que les salariés sur site. La Cour de cassation l'a jugé le 8 octobre 2025 : refuser les titres au seul motif du télétravail expose à un rappel sur 3 ans.
Un accident survenu sur le lieu du télétravail pendant l'activité professionnelle est présumé être un accident du travail (art. L.1222-9 du Code du travail). L'employeur qui le conteste doit renverser cette présomption. Les plages horaires de contact fixées par l'accord ou la charte sont un repère utile.
Un résident de France employé au Luxembourg peut travailler jusqu'à 34 jours par an hors du Luxembourg sans que son salaire devienne imposable en France. Toute fraction de journée compte pour un jour et le seuil est réduit au prorata en cas de temps partiel. Au-delà, tous les jours travaillés hors du Luxembourg deviennent imposables en France, dès le premier.
Depuis l'avenant entré en vigueur le 24 juillet 2025, le télétravail fait depuis la France est réputé exercé en Suisse jusqu'à 40 % du temps de travail de l'année civile, missions temporaires comprises dans la limite de 10 jours. Ce régime est pérenne depuis le 1er janvier 2026. Pour la sécurité sociale, la règle des 25 % et l'accord-cadre s'appliquent aussi avec la Suisse.
Sources officielles
- Légifrance, Code du travail, articles L.1222-9 à L.1222-11 (télétravail)
- Légifrance, arrêté du 4 septembre 2025 relatif aux frais professionnels
- URSSAF, les frais professionnels (télétravail, matériel personnel)
- URSSAF, avantages en nature (titres-restaurant)
- CNIL, les questions-réponses sur le télétravail
- Légifrance, décret n° 2025-382 du 28 avril 2025 (avenant France-Luxembourg, 34 jours)
- impots.gouv.fr, accord amiable France-Luxembourg sur le décompte des jours
- Légifrance, décret n° 2025-838 du 21 août 2025 (avenant France-Suisse, 40 %)
- impots.gouv.fr, suis-je un travailleur frontalier ? (Allemagne, Belgique)
- Cleiss, votre salarié télétravaille dans un autre État européen (règle des 25 %, accord-cadre)
Ce guide présente les règles générales en vigueur au 5 octobre 2026. Il ne remplace pas un conseil juridique adapté à votre situation (convention collective, secteur, statut du salarié).